Voguing ?

Voguing ?

Par Paul Brocart (ENS Lyon) et Ariane Temkine (ENS Ulm, Paris-III).

Le voguing est une danse pratiquée par les homosexuels et transgenres afro-américains et latinos qui se développe dans les années 70-80, dont les mouvements empruntent une identité visuelle aux magazines de mode, dont le célèbre Vogue… Il nous est principalement connu par le documentaire d’une documentariste blanche, lesbienne, Jennie Livingston. Controversé dans la communauté du voguing, ce film fait figure de classique queer. Il doit son titre à un célèbre ball de la communauté ballroom, le Paris is Burning donné tous les ans par Paris Dupree. On peut s’accorder sur une double origine du voguing, à la fois né une culture de danse urbaine de battle entre différents « gay street gangs » (W. Ninja), et se développant dans les lieux clos que sont les ballrooms. Un ball, est un lieu de sociabilité gay et lesbien de la fin du XIXs, comportant des concours de travestissement (drag). Se produit une scission en 1967, les drags noir-e-s excedé-e-s d’être toujours supplanté-e-é-s par des blanches, ou de devoir se blanchir le visage pour concourir, fondent leurs propres balls, et houses, familles de substitution accueillant les jeunes gays, lesbiennes et transgenres rejetés par leurs familles. Ainsi on doit à Crystal Labeija, l’ouverture de la House of LaBeija, bientôt suivi d’un ball : grands concours où toutes les catégories de la société sont « drag-uées » ; genre, couleur et classe sociale. Il s’agit d’incarner avec le plus de realness (vraisemblance), une catégorie de la société blanche : executive, military , town and country etc.

Les performeurs se produisent sur un catwalk (espace de défilé), au bout duquel se trouve une estrade d‘où les juges apprécient les prestations et distinguent le meilleur interprète.

Dans le voguing, deux catégories se superposent, la femme de la haute société, puis le model, auxquelles sont destinées les photos du célèbre magazine de mode. On pourrait alors postuler que le voguing est un prolongement dansé du drag. Même s’il ne s’opère par forcément travesti à proprement parler le travail sur l’appropriation des codes de la féminité se fait davantage au niveau de la gestuelle, de la posture.

Willi Ninja revient ici sur les origines et les influences esthétiques du voguing. On peut souligner sa grande spéctacularité. Le voguing se danse sur la house music, mais on s’aperçoit aussi de l’importance du MC (master of ceremony) qui beatbox et donne des instructions aux vogueurs. A mesure que la danse se formalise, elle prend le nom de voguing, sans doute en référence à une performance de Paris Dupree où il a imité une à une toutes les postures des mannequins d’un numéro de Vogue…Davantage codifié, il reste basé sur l’improvisation. Il y a 6 patterns imposés (sidewalk, duckwalk, spin, dip, hands performance, floor performance) exécutes entre les poses dans ses sets de 30 secondes à une minute. Esthétiquement, on peut souligner l’influence de l’industrie du luxe et de la photographie mode. Mais pour nourrir leurs mouvements les vogueurs vont diversifier leur inspiration : hip-hop, gymnastique rythmique, films d’arts martiaux, Egypte antique…

Par dessus tout, il faut que le vogueur se distingue par sa fierceness (férocité), pour éclipser son concurrent. Plus donc qu’une parfaite maîtrise technique, l’attitude du danseur face au public et aux juges est prépondérante. On sent dans ce mélange d’agressivité, de fierté, de sens de la superbe, l’influence des codes de la rue et le poids d’un univers hyper-compétitif.

Pour un article plus détaillé sur le voguing, voir notre carnet Hypothèses !

Photographie de l’aperçu: couverture du DVD de Paris is Burning.

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