Genre(s), sexualités, langage: un nouveau champ d’études?

GenERe vous invite à sa nouvelle journée d’étude, « Genre(s), sexualités, langage: un nouveau champ d’études? ». Elle se déroulera à l’ENS de Lyon le lundi 27 avril, de 10h30 à 17h. Elle est organisée par Lucy Michel et Anne-Charlotte Husson.

Remarque: si le niveau du plan Vigipirate « alerte attentat » est toujours actif fin avril, l’inscription à la journée d’étude est obligatoire. Elle reste cependant gratuite et ouverte à tou·tes. Pour s’inscrire, suivre ce lien.

Programme de la journée

Programme et titres des interventions:

— MATIN —

10h30 : arrivée et accueil
10h40-11h10 : Stéphanie Kunert (Lyon 2) — « Analyser la circulation discursive des stéréotypes de genre: discours publicitaires versus contre-discours militants »
11h10-11h40 : Alice Coutant (Paris V / IEC) — « Hétéronormativité et cisnormativité du genre en français »
11h40-12h : questions

12h-13h30 : pause déjeuner

— APRES-MIDI —

13h40-14h10 : Juliette Rennes (EHESS) — « Histoires des féminismes, sociologie des controverses et analyse de discours »
14h10-14h40 : Yannick Chevalier (Lyon 2) — « Linguistique et genre : champ ou discipline? De quelques inconvénients épistémologiques prévisibles de l’ « institutionnalisation » »
14h40-15h : questions

15h-15h30 : pause café

15h40-16h10 : Noémie Marignier (Paris 13 / IEC) — « Comment prendre en compte le désir en analyse du discours ? »
16h10-16h40 : Claudine Moïse (Grenoble 3) — « La violence verbale sexualisée »
16h40-17h : questions et clôture de la journée

Argumentaire

« Bien que le genre soit depuis quelques années au centre des débats publics, des controverses politiques et commence à pénétrer les espaces académiques dans des domaines aussi divers que l’histoire, la littérature, la sociologie, la philosophie, l’anthropologie, les sciences politiques, le droit, l’économie, la primatologie, la biologie, on peut constater une absence criante des questions ayant trait au genre et à la sexualité en sciences du langage malgré la présence d’études pionnières en la matière ayant marqué le domaine d’une façon durable et importante (Durand 1936, Houdebine 1977, Michard et Ribery 1982, Khaznadar 1988, 2007, Irigaray 1990) » (Luca GRECO, « Les recherches linguistiques sur le genre : un état de l’art », Langage et société, 2014, n°148, p.11)

« Si très tôt les études de genre, et notamment dans une perspective langagière, se sont posées outre-Atlantique [avec un ancrage constructiviste], les approches françaises ont été plus frileuses et les liens entre genre (voire sexe), sexualité et langage ont globalement été peu abordés. » (Langage, genre et sexualité, dir. A. Duchêne & C. Moïse, éd. Nota Bene, coll. « Langues et pratiques discursives », p. 8)

La collection d’articles proposée par Luca Greco ainsi que l’ouvrage dirigé par Claudine Moïse et Alexandre Duchêne participent d’un effort récent de délimitation d’un champ « genre et langage », sur le modèle des language and gender studies anglo-saxonnes. Mais que ce soit dans l’article de L. Greco ou dans l’introduction de C. Moïse et A. Duchêne, le domaine qui lie la catégorie genre et les sciences du langage est présenté comme encore extrêmement sous-développé (bien qu’existant, comme le rappellent les ouvrages centraux cités par L. Greco). Cela est d’autant plus vrai au regard de l’intérêt porté pour cette catégorie dans d’autres disciplines des sciences humaines et sociales (SHS) depuis trente à quarante ans en France, et plus largement encore dans les recherches anglo-saxonnes.

L’autre point qu’il semble important de relever concerne l’ancrage constructiviste du domaine, explicitement posé par Duchêne et Moïse, qui est aussi très largement celui des « études sur le genre » en France, et des « gender studies » dans la recherche anglo-saxonne. Cette ligne théorique explique en partie le foisonnement pluri- et trans-disciplinaire que mentionne Luca Greco : tout ce qui a trait au social, au culturel peut être regardé par le prisme du genre. Et en effet, l’ouvrage de Duchêne et Moïse s’ancre d’emblée dans une « perspective de sociolinguistique critique » et rassemble des contributeurs/trices venant de disciplines aussi diverses que la linguistique, la socio-linguistique, la littérature, l’histoire de la langue, etc. Le même principe pluridisciplinaire est appliqué dans le numéro de Langage et société dirigé par L. Greco ainsi que dans l’ouvrage La face cachée du genre, paru en 2012 sous la direction de L. Greco et N. Chetcuti.

Mais cette variété d’approches, qui fait la richesse du domaine, contribue aussi à en brouiller la définition. On en vient même à se demander ce que recouvrent vraiment les termes genre et langage dans la dénomination du champ, et comment le rapprochement de ces catégories est pensé et problématisé. On peut alors avancer une autre hypothèse expliquant le fait que la pluridisciplinarité semble définitoire du champ genre et langage. Les études de genre se sont formées dans un mouvement de résistance aux découpages disciplinaires ; quant au langage, on sait qu’il est pris pour objet par un grand nombre de disciplines, au-delà même de ce qu’on appelle les sciences du langage. La pluridisciplinarité, voire la transdiscplinarité, semblent donc aussi inévitables que fécondes pour construire le champ qui nous intéresse.

Dans le cadre de cette journée d’étude, nous nous proposons donc de questionner ce champ émergent et les objets qu’il se donne, en gardant toujours à l’esprit que « genre » comme « langage » ne vont finalement pas de soi. Nous entendons poser quatre types de questions, qui devront guider les réflexions (sans qu’il s’agisse pour autant de les y limiter).

1) Constitution du champ
Existe-t-il bel et bien un champ « genre et langage » en France ? Qu’est-ce qui justifie la constitution d’un tel champ, qui tend par là-même à s’autonomiser ? Quel rapport entretient-il avec les gender and language studies, et comment intègre-t-il les travaux produits depuis longtemps en France sur ce qu’on appelle aujourd’hui « genre et langage » ?

2) Ancrages disciplinaires et inscription dans le champ
Si nous semblons bien parler, toutes et tous, de « genre » et de « langage », parle-t-on pour autant de la même chose ? Quelles approches, quelles définitions et quelles méthodologies adoptons-nous, dans nos disciplines respectives ? Et comment nous situons-nous à l’égard de ces disciplines ?

3) Au-delà des frontières disciplinaires ?
Comment nos disciplines dialoguent-elles au sein de ce champ ? Quels sont les lieux d’accord que nous pouvons trouver, mais aussi, peut-être, les incompatibilités, voire les contradictions entre les différentes approches, définitions et méthodologies disponibles ? Dans quelle mesure le champ genre et langage interroge-t-il, ou peut-il interroger, les frontières disciplinaires dans le champ scientifique ?

4) Définir le genre en SHS, en études de genre et dans le champ genre et langage
Le genre fait l’objet, on le sait, d’un conflit de définitions dans la sphère publique, à l’heure où les sciences humaines et sociales semblent en revanche être arrivées à un consensus. Mais l’on sait aussi que s’il y a consensus, les divergences demeurent. Qu’en est-il pour le champ « genre et langage » ? Comment les utilisations faites de la catégorie d’analyse « genre » permettent-elles de situer ce champ par rapport, d’un côté, aux disciplines des SHS, de l’autre, aux études de genre ? Quelles définitions, quelles orientations issues des SHS sont-elles privilégiées ?

Affiche G&L 2 petite (2)