Conférence « Les mutations des analyses féministes antinaturalistes dans l’horizon biomédical »

Conférence de Claire Grino, docteure en philosophie et Visiting Scholar au Center for Science, Technology, Medicine and Society (CSTMS) à la University of California, Berkeley,

dans le cadre du séminaire « Féminismes et critiques de l’épistémologie » et en partenariat avec GenERe,

le jeudi 14 avril de 9h à 12h, ENS de Lyon, site Descartes, sale F112.

Si vous souhaitez y assister, merci d’indiquer votre présence à : claude.gautier[at]ens-lyon.fr

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Les mutations des analyses féministes antinaturalistes dans l’horizon biomédical

La réflexion féministe dans sa grande diversité s’est attachée à montrer, dans le sillage de Beauvoir, que « le corps n’est pas une chose, il est une situation[1] ». Les théories féministes répugnent ainsi le plus souvent à reconnaître que la physiologie ou l’organique puisse en lui-même constituer un facteur explicatif pertinent des inégalités et expériences de genre. Or, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la matérialité biologique du corps humain est devenue l’objet d’interventions inédites qui impliquent souvent des enjeux de genre (pensons entre autres à la procréation médicalement assistée, la chirurgie esthétique, les parcours trans médicalisés, la pilule contraceptive). Dans ces conditions, comment aborder les enjeux de genre que soulève de fait la manipulation de la biologie humaine ? De plus, faute d’embrasser la dimension biologique du genre, les féministes, privées de ressources analytiques propres, risquent de se retrouver dépendantes d’un savoir biomédical hégémonique qu’elles ont par ailleurs largement critiqué : elles se heurtent à la question de l’expertise médico-scientifique. Quelles places les critiques féministes peuvent-elles occuper vis-à-vis du phénomène contemporain qui consiste à traduire de nombreux problèmes humains sexués et sexuels en termes biomédicaux, nous conduisant chez le médecin ? Quelles critiques sont-elles en mesure d’apporter ?

Cette question sera traitée en adoptant le point de vue du biopouvoir et en partant d’une interrogation des pratiques, plutôt que d’une interrogation des principes moraux. C’est en examinant les logiques spécifiques des pratiques biomédicales que les conditions d’une critique féministe de ces dernières seront recherchées.

[1] Beauvoir, Le deuxième sexe, t. I, op. cit. , p. 73.

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