Janvier 2015: « Genre et éducation »

 

JE_genre_education_chgt_salle

GenERe vous invite à sa journée d’étude:

Qui (dé)fait le genre en éducation ?

Vendredi 30 janvier 2015

à l’ENS de Lyon (site Descartes) de 10h à 18h.

Argumentaire

Pointer l’éducation comme point de départ (chronologique, si ce n’est ontologique) où observer et intervenir quant à l’injustice de genre est loin d’être une posture originale. Cependant, les catégories mobilisées pour préciser la notion même d’éducation engendrent un certain nombre de problèmes, à commencer par les distinctions faites entre ses différentes institutions. Ainsi, la (re)production du sexisme est une responsabilité que se renvoient l’Ecole et la Famille (Fraisse, 1984), dans une approche qui semble ignorer leur(s) [absence de] rapports. Or, considérer les institutions éducatives comme des réalités cloisonnées semble peu opératoire pour rendre compte de divers phénomènes et peut également être mis en question comme norme pour la culture démocratique (Dewey, 1916). Certaines théoriciennes de l’éducation ont ainsi interrogé cette séparation, séparation qui recoupe et produit celle entre l’espace public et l’espace privé, mise en question depuis longtemps par les féministes (Martin, 1992).

Ériger la distinction entre École et familles (ou, au contraire, leur continuité) en norme peut aussi bien être mis au service d’idéaux progressistes que conservateurs, comme l’ont montré les débats récents en France autour des ABCD de l’égalité. Le refus de l’introduction de la notion de genre dans les classes a ainsi pu être justifié au nom d’un respect de l’éducation parentale – ce qui renforçait la délimitation des différentes sphères éducatives – mais également selon l’argument d’un droit de regard des parents quant aux programmes scolaires, ce qui revenait à brouiller cette même délimitation. L’idée d’une spécificité de l’éducation selon les institutions recoupe une distinction entre connaissances (instruction) et valeurs (éducation), cette articulation se retrouvant par exemple dès les écrits de Condorcet (1791). Cela est particulièrement visible lorsqu’il est question de genre, mais également de(s) sexualité(s), comme l’avait montré la séparation entre « information sexuelle » et « éducation sexuelle » dans la circulaire Fontanet de 1973 (Mossuz-Lavau, 2002). Ainsi se construit une opposition, entre la Famille garante d’un ordre et l’École émancipatrice, l’une n’étant définie comme telle qu’au regard de l’autre. Pourtant, de même que la distinction entre connaissances et valeurs peut être questionnée (notamment à partir des épistémologies féministes), ce couple qui assigne à la Famille un rôle de conservation ne va pas de soi. Les théoriciennes du care, par exemple, voient dans certaines valeurs dites « familiales » des résistances possibles à une idéologie compétitive véhiculée par l’École et au service du marché (Noddings, 2013). De plus, il importe de s’interroger sur les effets (émancipateurs ou reproducteurs d’un ordre oppressif) de cette séparation sur celles (et ceux) qui éduquent, et non seulement sur celles et ceux qui sont éduqué.e.s. Les façons d’éduquer liées à la Famille et à l’École ainsi que leur articulation ouvrent-elles la voie à de nouveaux rôles sociaux ou, au contraire, viennent-elles reproduire des habitudes genrées?

Un travail de décentrement vis-à-vis de ces classifications qui semblent se figer au moment de débats difficiles et urgents nous semble nécessaire pour penser d’autres possibilités de luttes contre l’injustice de genre par l’éducation. Développer d’autres stratégies passe par la reconnaissance que ces rapports entre les sphères éducatives sont propres à un lieu et un moment donnés. Il devient alors possible de repérer les points aveugles des éducations genrées à la la marge des normes admises. C’est dans cet interstice méconnu par les lieux de l’éducation traditionnelle que peuvent œuvrer les associations, et jouer, à leur tour, un rôle essentiel dans une éducation qui défait le genre.

N. de Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique, Paris, Flammarion, 1791/1994.
J. Dewey, Démocratie et éducation, Paris, Armand Colin, 1916/2011.
G. Fraisse, « Un dangereux anachronisme. ‘Questions sur l’analyse de la reproduction du sexisme’. » in Collectif Révoltes Logiques, L’Empire du sociologue, Paris, La Découverte, 1984.
J.R. Martin, The Schoolhome, Cambridge / Londres, Harvard University Press, 1992.
J. Mossuz-Lavau, Les Lois de l’amour : Les Politiques de la sexualité en France, de 1950 à nos jours, Paris, Payot, 2002.
N. Noddings, Caring: A Relational Approach to Ethics and Moral Education, Berkeley, University of California Press, 2013.

Programme de la journée (sujet à modifications):

 Matinée (10h-12h30) :

École et famille au regard du genre : interactions, résistances, négociations….

  • Bérengère Kolly (Philosophie, LISEC Lorraine) : La famille : une inspiration pour une éducation émancipatrice des filles ? Pauline Kergomard et Paul Robin.

  • Sophie Devineau (Sociologie, DYSOLA) : Enseignant-e-, une profession entre reproduction et émancipation.

  • Associations : Entre l’Ecole et les familles, quel rôle pour les associations ?

    – ARGEF

    – Egaligone

Début d’après-midi (14h-16h):

Éducation, sexualités et questions LGBT:

  • Claire Greslé-Favier (Civilisation américaine) sur l’éducation sexuelle aux Etats-Unis.
  • Associations : Éducations alternatives et militantisme.

Chrysalide

FRISSE

Le Refuge

Fin d’après-midi (16h30-18h) :

Progrès à la marge et marges de progrès :

  • Marianne Thivend (Histoire, LARHRA) :L’égalité des sexes à l’école depuis le 19e siècle : perspectives historiques
  • Associations : Innover pour l’égalité

Ebullisciences

EgalitEes

Comments are closed