Qu’est-ce que le genre ?

Le genre est un concept qui fait l’objet de théorisations variées dans un champ de recherches pluriel, qu’on désigne le plus souvent comme les « études de genre » (traduction de l’anglais gender studies).

On peut définir les études de genre, de façon très large, comme « l’ensemble des recherches qui prennent pour objet les femmes et les hommes, le féminin et le masculin ». Les auteur·e·s de l’Introduction aux études de genre (de Boeck) mettent en évidence quatre dimensions fondamentales du concept, que l’on peut reprendre ici pour clarifier le propos. On trouvera ensuite d’autres définitions du concept.

banniere_site_poupee

Dimensions fondamentales du concept

1: Le genre est une construction sociale.
Par opposition aux conceptions qui attribuent des caractéristiques immuables aux hommes et aux femmes en fonction de leurs caractéristiques biologiques (les hommes sont forts, dominants, forts en maths, peu habiles en communication; les femmes ne savent pas se repérer dans l’espace, elles se laissent guider par leurs émotions, aiment être protégées…), les études de genre affirment qu’ils n’existe pas d’essence de la « féminité » ni de la « masculinité », « mais un apprentissage tout au long de la vie des comportements socialement attendus d’une femme ou d’un homme ».

2: Le genre est un processus relationnel.
Les caractéristiques évoquées ci-dessus ne sont pas construites ni apprises de manière indépendante mais dans une relation d’opposition entre masculin et féminin. Les études de genre partent donc du principe qu’on ne peut pas étudier ce qui relève du féminin sans le masculin, et vice-versa – ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’on ne peut pas se focaliser sur l’un ou l’autre groupe.

3: Le genre est un rapport de pouvoir.
La vision dominante met l’accent sur la différence des sexes. On a déjà dit qu’il fallait envisager le genre comme un processus relationnel: Le masculin et le féminin sont en relation, mais il ne s’agit pas d’une relation symétrique, équilibrée. Il faut donc « appréhender les relations sociales entre les sexes comme un rapport de pouvoir ». Le genre distingue le masculin et le féminin, et, dans le même mouvement, les hiérarchise à l’avantage du masculin.
De plus, en posant une frontière entre les deux catégories de sexe, le genre est en soi oppressif, puisqu’il n’admet pas de déviation par rapport aux normes qu’il établit.

4: Le genre est imbriqué dans d’autres rapports de pouvoir.
Le genre est un rapport de pouvoir qui ne peut être envisagé de manière complètement autonome. Il se trouve en effet à l’intersection de plusieurs rapports de pouvoir, régis par les catégories de classe, de « race », de sexualité, d’âge…

Les auteur·e·s du manuel en arrivent donc à cette définition:

[Le genre est] un système de bicatégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin).

D’autres définitions

Nous tenons à insister sur le fait qu’il n’existe pas une seule définition du concept. La définition citée ci-dessus se fonde sur un consensus établi dans les sciences sociales et peut être adaptée à d’autres domaines. Mais il existe des variations, différences, voire divergences dans la formulation du concept. Nous en donnerons ici seulement quelques exemples non commentés.

Les théories féministes ne s’attachent (…) pas seulement à la délimitation théorique et pratique entre ce qui serait « naturel » et « culturel » ou « social », entre le sexe, le genre et les sexualités, mais aux principes, aux postulats ou aux implications, idéologiques, politiques, épistémologiques, de cette délimitation.

Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités (2008), p.6.

Les analyses féministes démontrent que le fonctionnement du genre (…) est hiérarchique. Mais le terme continue d’être ressenti par la plupart des gens comme une bicatégorisation anodine.

Nicole-Claude Mathieu, article « Sexe et genre » dans le Dictionnaire critique du féminisme (2010), p.210.

Il ne s’agit pas d’éradiquer les genres mais de les transformer, d’ajouter plutôt que de soustraire. (…) Alors, la guillotine ou la gender revolution ? (…) Le genre triste ou l’extension du domaine du genre? La suppression du ‘1’ et du ‘2’ sur la carte vitale ? Oui, mais pour quoi faire ? « Pour revenir à zéro » disent les féministes de l’égalité. « Pour aller à ’10’ et plus si nécessaire car ‘1’ et ‘2’ c’est largement insuffisant », disent les féministes queer.

Marie-Hélène Bourcier, Comprendre le féminisme (2012), p.32.

On continue de penser le genre en termes de sexe: de l’envisager comme une dichotomie sociale déterminée par une dichotomie naturelle. En somme le genre serait un contenu, et le sexe un contenant. (…) L’indépendance des genres par rapport aux sexes devrait déboucher sur la question de l’indépendance du genre par rapport au sexe. (…) Pourquoi le sexe donnerait-il lieu à une classification quelconque?

Christine Delphy, « Penser le genre: problèmes et résistance », L’ennemi principal 2 ([1991] 2009), p.246.

Ouvrages cités
Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Introduction aux études sur le genre, de Boeck Supérieur, 2012.
Marie-Hélène Bourcier, Alice Moliner, Comprendre le féminisme, Max Milo, 2012. En ligne: https://www.academia.edu/2130487/Comprendre_le_feminisme.
Christine Delphy, L’ennemi principal tome 2: Penser le genre,Syllepse, 2009.
Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités. Introduction à la théorie féministe,PUF, coll. « Philosophies, 2008.
Hélène Hirata, Françoise Laborie, Hélène Le Doaré, Danièle Senotier, Dictionnaire critique du féminisme, PUF, 2004.

Comments are closed